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Marques des présidents

La République fut proclamée le 4 septembre 1870 à Paris, et le général Louis Trochu devint Président du Gouvernement de défense nationale. Le 20 septembre 1870, Paris fut investi par les Allemands et capitula le 28 janvier 1871.

L’Assemblée, repliée sur Bordeaux se réunit le 12 février et délégua à Adolphe Thiers, le “pouvoir éxécutif de la République française”. Une loi du 31 août 1871 lui conféra le titre de Président de la République française.

Il démissionna le 24 mai 1873 et fut remplacé par le maréchal Patrice de Mac Mahon, élu par la majorité monarchiste à l’Assemblée. Une tentative de restauration monarchique échoua en octobre 1873 par l’intransigeance du comte de Chambord sur la question du drapeau. Les lois constitutionnelles furent alors votées en janvier et février 1875. Le maréchal de Mac Mahon se retira le 30 janvier 1879.

Ces deux premiers présidents n’eurent pas de pavillons particuliers. En effet, nous trouvons dans le Manuel du matelot timonier, édité chez Tumaine en 1874, la mention suivante :
“ le bâtiment monté par le Chef de l’État arbore le pavillon national au grand mât. Toute autre marque distinctive est alors rentrée. L’embarcation montée par le Chef de l’État porte le pavillon national à l’avant et à la poupe. Ce pavillon est en soie aux couleurs nationales ”.
Dans le texte il y a lieu de remarquer qu’il est question du “Chef de l’État” et non du “Président de la République”. Par ailleurs le pavillon sur une embarcation était en soie, alors que celui du ministre de la marine, mentionné plus loin dans cet ouvrage, était aux couleurs nationales en tissu ordinaire.

Le 30 janvier 1879, le “républicain” Jules Grévy devint président, mais démissionna le 2 décembre 1887. Nous trouvons alors dans le Manuel du matelot timonier (édition de 1881) , la mention suivante :
“Le bâtiment monté par le Chef de l’État arbore au grand mât le pavillon carré aux couleurs nationales. Toute autre marque distinctive est alors amenée. L’embarcation montée par le Chef de l’État porte le pavillon national à l’avant et à la poupe. Ce pavillon est en soie aux couleurs nationales” .

Le pavillon particulier apparut pour la première fois avec le décret du 20 mai 1885 qui précisa :
“Le bâtiment monté par le Président de la république arbore au grand mât le pavillon carré aux couleurs nationales, au centre duquel ses lettres initiales sont brodées en or. Toute autre marque distinctive est alors rentrée. L’embarcation montée par le Président de la République porte le même pavillon à l’avant et le pavillon national à la poupe”.
NB : la forme des initiales de Jules Grévy n’a pas été retrouvée à ce jour.

Le successeur de Jules Grévy, Sadi Carnot, fut élu le 3 décembre 1887, et fut assassiné par un anarchiste italien le 24 juin 1895. En ce qui concerne son pavillon, le Manuel du matelot timonier (édition de 1893) reprend le texte du décret du 30 mai 1885, mais ne contient aucun dessin des marques en usage à cette époque. Par contre, l’Album des pavillons du Service hydrographique de la marine de 1889, donne sur la planche n°1 pour le Président, le pavillon aux couleurs nationales chargé au centre d’une simple lettre C dorée. Ses proportions étaient de 1 x 1,17 avec un rapport des couleurs de 0,30, 0,33, 0,37.

Le président Casimir Perrier, élu le 27 juin 1894, démissionna le 16 janvier 1895. Ses initiales entrelacées apparaissent dans une correction de l’Album des pavillons précité.

Le président Félix Faure lui succéda le même jour et mourut le 16 février 1899. Son pavillon à la mer portait les deux “F” curieusement croisés.

Émile Loubet, élu le 18 février 1899, termina son septennat le 18 février 1906, et Armand Fallières élu le jour même, le termina le 15 février 1913. Leurs pavillons à la mer portaient les lettres initiales posées l’une près de l’autre.

Raymond Poincaré, élu le 17 février 1913, termina son septennat le 17 février 1920. Son pavillon portait également ses lettres initiales l’une près de l’autre. Par contre, il possédait un fanion de voiture où elles étaient entrelacées. Ce fanion avait la hampe surmontée d’une pointe en cuivre et ornée d’une cravate tricolore.

Son successeur, Paul Deschanel, frappé d’incapacité fut démis de ses fonctions le 23 septembre 1920. Ses lettres initiales étaient aussi placées l’une près de l’autre.

Il fut remplacé par Alexandre Millerand qui dût démissionner le 11 juin 1924 devant la pression du “Cartel des gauches”. Les initiales de son pavillon étaient entrelacées.

Gaston Doumergue, élu le 13 juin 1924, termina son septennat le 13 juin 1931.

Il fut remplacé par Paul Doumer le jour même. Ce dernier fut assassiné par un réfugié russe le 6 mai 1932. Leurs initiales étaient posées l’une près de l’autre. L’Album des pavillons du Service hydrographique de la marine, édité en 1923 donne pour proportions des pavillons de ces présidents les valeurs 1 x 1, avec le rapport des couleurs 0,30, 0,33, 0,37.

Albert Lebrun, élu le 10 mai 1932, réélu en 1939, se retira le 13 juillet 1940, laissant la place au maréchal Pétain. Son pavillon portait ses initiales placées l’une près de l’autre, alors qu’elles étaient entrelacées sur son fanion de voiture. Celui-ci fut notamment utilisé lors de la visite des souverains britanniques à Paris, en juillet 1938. Avec lui sombra la troisième république, à laquelle succéda l’État français du gouvernement de Vichy.

Le maréchal Philippe Pétain, forma un gouvernement le 17 juin après la démisssion de Paul Reynaud, et lança un message demandant l’armistice. L’Assemblée nationale, réunie à Vichy, lui confia le pouvoir constituant le 11 juillet. Par un acte du 11 juillet, le maréchal Pétain abrogea la République et se proclama chef de l’État français.

Le pavillon de chef de l’État utilisé en mer et arboré au grand mât du navire qui le transportait, était carré et portait dans le blanc du tricolore, la francisque (emblème national non officiel) surmontant sept étoiles dorées (Album des pavillons du Service hydrographique de la Marine, correction n° 15 de juillet 1942). Par contre le pavillon se trouvant à l’avant de la vedette du maréchal, lors de sa visite de la flotte en rade de Toulon en novembre 1940, avait pour dimensions 1,15m x 1,30m.

Son fanion de voiture portait également la francisque et les sept étoiles dorées. Il était entouré d’une frange d’or, et la hampe terminée par ce même emblème, était ornée d’une cravate blanche, frangée d’or et à l’extrémité tricolores. Ses dimensions étaient d’environ 0,40m x 0,50m. La cravate blanche était destinée à marquer la fonction de chef des armées.

Les Allemands envahirent la zone sud de la France le 11 novembre 1942, et la flotte de Toulon se saborda le 27 novembre. La souveraineté du gouvernement de Vichy fut pratiquement réduite à néant. Le 20 août 1944, le maréchal Pétain fut enlevé de force par les Allemands et transféré à Sigmaringen. Cet acte marqua la fin de l’État français.

Auparavant, le général de Gaulle, qui était membre du ministère Paul Raynaud depuis le 6 juin 1940, tomba en désaccord avec la décision d’armistice du maréchal Pétain. Dès le lendemain, il partit pour Londres, d’où il lança son appel du 18 juin, demandant aux Français de se grouper autour de lui pour continuer la guerre.
La nécessité d’un emblème se fit sentir, et rapidement le projet présenté par le vice-amiral Muselier fut adopté par le général de Gaulle. La croix de Lorraine apparut dès le 2 juillet 1940 sur le pavillon de beaupré des bateaux ayant rallié la France Libre, puis sur les drapeaux tricolores des Territoires d’Afrique et d’Océanie qui rejoignirent le général de Gaulle.

Reconnu par le gouvernement britannique le 28 juin 1940, il forma à Londres le Comité National Français le 24 septembre 1941. Après l’assassinat de l’amiral Darlan en Afrique du Nord et son remplacement par le général Henri Giraud, De Gaulle arriva à Alger le 30 mai 1943 et créa avec ce dernier le 3 juin, le Comité français de Libération Nationale, qui devint le 3 juin 1944 le Gouvernement provisoire de la République française (trois jours avant le débarquement en Normandie).
De fin juin 1940 à mars 1941, à Londres, le général de Gaulle porta sur sa voiture, un petit fanion tricolore mesurant environ 14cm x 22 cm chargé d’une croix de Lorraine rouge sur la bande blanche. Cependant le 14 juin, arrivé à Bayeux, il portait sur sa “jeep” un fanion tricolore à croix de Lorraine bleue.
Il entra dans Paris le soir du 25 août 1944 et y établit son Gouvernement provisoire dont il fut le président jusqu’au 20 janvier, date à laquelle il se retiré, étant en désaccord avec l’Assemblée constituante.
Pendant cette période il utilisa un fanion de voiture tricolore à franges dorées, dont la partie blanche était chargée d’une croix de Lorraine rouge.

Au Général de Gaulle succèdèrent Félix Gouin, puis Gearges Bidault. Le 13 octobre un referendum approuva la nouvelle constitution qui fut promulguée le 27 octobre 1946 (4ème république). Le 16 décembre, Léon Blum remplaça Georges Bidault, démissionnaire. Les présidents du Gouvernement provisoire, n’avaient pas leurs initiales sur les emblèmes.

Le 16 janvier 1947, Vincent Auriol est élu Président de la République. Son pavillon en mer fut parfaitement conforme au décret de 1885. Par contre son fanion de voiture était simplement tricolore avec cravate tricolore à franges dorées.

Le 14 janvier 1954, René Coty remplaça Vincent Auriol. Son pavillon en mer portait ses initiales placées l’une à côté de l’autre (Album des pavillons du Service hydrographique de la marine, édition 1954) . Son franion de voiture df’après une photo d’époque était un simple tricolore muni d’une cravate blanche.
Devant les difficultés du pays face aux guerres d’indépendance (Indochine, Algérie, etc ) et l’instabilité des gouvernements, René Coty fait appel au général de Gaulle qui est investi président du Conseil le 1er juin 1958. Il proposa une nouvelle constitution (5ème république) qui fut adoptée le 28 septembre par referendum et promulguée le 4 octobre 1958.

De Gaulle fut élu Président de la République et prit ses fonctions le 8 janvier 1959. Il fit rapidement remplacer le tricolore avec croix de Lorraine que le protocole avait cru bon faire flotter sur l’Élysée, par le simple tricolore national. Par contre il avait un fanion de voiture tricolore frangé d’or avec une croix de Lorraine rouge, aux dimensions 0,35m x 0,40m et orné d’une cravate blanche frangée d’or.
Le pavillon en mer était carré avec ses initiales CG brodées en or. En-dessous une petite croix de Lorraine était ajoutée.
Le 28 avril 1969, il démissionne après l’échec d’un referendum.

L’interim fut assuré par Alain Poher, président du Sénat. Ce dernier utilisa un fanion de voiture tricolore frangé d’or sans marque particulière, accompagné d’une cravate tricolore frangée d’or.

Le 15 juin 1969, Georges Pompidou, premier ministre, remplace Alain Poher. Son fanion de voiture portait ses initiales en lettres dorées, et était orné d’une cravate tricolore frangée d’or. Son pavillon en mer était carré avec les mêmes initiales. Il décéda le 2 avril 1974 et Alain Poher assura son deuxième interim. Cette fois son fanion de voiture portait ses initiales.

Valéry Giscard d’Estaing, en fonction le 19 mai 1974 utilisa d’abord un pavillon et un fanion carré et tricolore. En fin d’année il commanda un nouveau drapeau qui flotta à partir du 2 juin 1976 sur l’Élysée : il portait un faisceau de licteurs entouré de deux branches de laurier dorés sur la bande blanche. Le fanion avait pour dimensions 0,27m x 0,38m. Le bleu est devenu plus clair. Le pavillon portait également cet emblème et tous étaient ornés d’une cravate blanche frangée d’or.

Le 10 mai 1981, François Mitterrand fut élu président, et prit ses fonctions le 21 mai. Son fanion de voiture était le simple tricolore frangé d’or avec la cravate blanche, et la pavillon portait ses initiales. Un nouvel emblème fut présenté le 8 avril 1982 : mi-chêne, mi-olivier doré et figure sur le fanion de voiture et sur le pavillon.

Après 14 ans de présidence, il est remplacé par Jacques Chirac élu le 7 mai 1995, qui prend ses fonctions le 17 mai. Il n’a pas adopté d’emblème personnel, et le pavillon standard est utilisé.

Son successeur Nicolas Sarkozy élu le 6 mai 2007, prend ses fonctions le 16 mai. Il a repris les mêmes dispositions que son prédécesseur.

Le 15 mai 2012, François Hollande prend ses fonctions après son élection du 6 mai. Le pavillon à la mer et le fanion de voiture sont inchangés. La cravate blanche est toujours présente.

Il en est de même pour son successeur, Emmanuel Macron, élu le 7 mai 2017 et qui prit ses fonctions le 14 mai suivant.

Extrait tiré de plusieurs articles parus dans le bulletin Emblèmes et Pavillons sous la plume de Lucien Philippe, ancien rédacteur, et augmenté des mises à jour par le président de la SFV.